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Interview : Aspirine

décembre 30, 2010 | In: Révélation Blog

Oh, ça va, fais pas cette tête. Tu n’en as pas marre qu’on te dise que tu fais la gueule ?

Certaines personnes m’ont surnommée la reine du cynisme. C’est très flatteur. On m’a dit aussi que j’étais une vieille femme dans le corps d’une jeune fille. C’est à peine moins flatteur.

C’est très flatteur pour les vieilles dames. Tu dessines depuis que tu es vieille, ou depuis que tu es cynique ?

Quand j’avais trois ans ma maîtresse m’a fait comprendre que je dessinais mal. Dès lors toute mon énergie s’est trouvée employée à prouver au monde le contraire, et j’ai entrepris de longues études artistiques pour soulager ma rancune et devenir le meilleur de moi-même.

Par ailleurs j’ai lu un max de bandes dessinées dans ma jeunesse, de Boule et Bill à Reiser, tout ce qui traînait chez mes parents et grands-parents, j’en ai dessiné un peu et puis j’ai déclaré que je ferais jamais ça de ma vie parce que c’était su-per-chiant de tracer les cases, faire un story-board, un crayonné, un encrage, etc… Finalement j’ai lu quelques bouquins théoriques sur la bande dessinée, découvert des auteurs indépendants qui m’ont fait comprendre que tout est possible en matière de narration et que les cases pourries à la main c’est aussi bien, et que même pas de cases ça marche encore. Maintenant je dessine mal et j’adore ça et je fais jamais de crayonné, alors ma gomme est très vieille.

C’est un beau destin pour une gomme. Et toi, comment es-tu devenue vieille ?

La frustration et l’aigreur ont fait de moi ce que je suis. Sinon j’adore Chris Ware et Ruppert et Mulot qui sont d’indéniables influences en matière de bande dessinée (et cent cinquante autres mais on va pas y passer la nuit), mais je crois que l’inspiration se trouve partout, des fois c’est un film ou un livre, ou n’importe quoi de la vie, c’est obsédant pour un moment, ça donne envie de dessiner, puis on passe à autre chose.

Est-ce que tu pourrais nous présenter ton blog ?

Cette vieille loque s’appelle Spongiculture (deuxième du nom, le premier repose en paix et c’est pas plus mal vu certains trucs embarrassants), bien que son contenu consacré quasiment exclusivement à ma vie n’ait aucun rapport avec la culture des éponges en parc. C’est un nom trouvé au hasard dans le dictionnaire, que j’ai gardé pour aucune raison spéciale.

C’est la découverte de ce mot qui t’a poussée à ouvrir un blog ?

Tout a commencé en 2005, j’avais 17 ans, mon activité préférée était de raconter ma vie sur internet et j’ai logiquement fini par créer un blog pour pouvoir m’y épancher en toute tranquillité, avec un peu de réticence parce que c’était tellement « comme tout le monde ». Au début, c’était rien que du texte, des photos moches, et quelques vieux dessins et puis c’est devenu un bon entraînement d’essayer de mettre ça en bd, j’avais aussi de moins en moins envie d’écrire et de plus en plus de foi dans le dessin. Et j’ai été rejointe par mon amie et colocataire Oncle Oswald qui m’a abandonnée mais fait des apparitions ponctuelles.

Quels genre de lecteurs viennent visiter ta culture d’éponges ?

Seuls mes amis de l’internet connaissaient mon premier blog, puis mes amis d’en vrai, puis quelques blogueurs, un peu de ma famille, et les gens qui cherchent comment invoquer Satan dans google. Ils sont peu nombreux mais assez fidèles.

Tu pourrais leur cracher un peu dessus, non ? Il n’y en a pas un ou deux qui te déçoivent ?

Ce sont de gros fayots et ils ont bien raison. Un jour de juillet 2007 quelqu’un a mis un méchant commentaire sur Spongiculture 1, je crois qu’il y avait « voler les dessins d’enfants trisomiques » dans l’histoire, et j’en ai conçu une telle vexation que j’ai supprimé tout le blog. Ceci dit je suis pour la critique constructive, c’est d’ailleurs un truc qui manque généralement dans le merveilleux monde des blogs.

A ton tour de fayoter : tu connais un peu tes camarades de sélection ? Tu veux leur dire un truc gentil quand même ?

Je les avais déjà à peu près tous lus, occasionnellement ou régulièrement, et il y en a quelques uns que j’aime beaucoup. Autrement je suis sauvage et je connais personne (à part un peu Fluoxyne, on s’envoie quelques éloges parfois).

Tu vois quand tu veux… Et si un admirateur veut t’apporter des fleurs, il doit frapper à quelle porte ?

Pour l’instant je suis en 1ere année de Master en illustration au Beaux-Arts de Bruxelles,  on peut voir mes trucs aux portes ouvertes avec ceux de mes camarades. Autrement je devrais faire un site pour montrer ces trucs et aller tâcher de vendre mon âme à des éditeurs pour faire publier ces trucs.

Il y a un petit festival sympa à Angoulême, il y a parfois des éditeurs, tu devrais y aller. Il y a même ce truc, là, le concours jeunes talents…Ne me dis pas que tu n’es jamais venue !

Non, je suis venue en 2006 et 2007, il neigeait, c’était sympa, y avait beaucoup de monde et on n’a pas vu tellement de trucs parce que c’était dur de se lever le matin. Tous les ans je veux participer au concours jeunes talents mais j’arrive jamais à finir mes planches à temps.

Tu veux nous parler un peu de tes projets, justement ?

Non je suis timide, et puis j’aime pas trop parler de mon travail en cours (ni de mon travail fini que généralement je renie). Mais j’aimerais faire une oeuvre profonde qui marquera ma génération un de ces jours. Je vous tiendrai au courant si ça arrive.

C’est parfait ! Rendez-vous est pris. N’oublie pas de dire à tout le monde que c’est la Révélation blog qui t’a permis de révolutionner la bande dessinée. N’oublie surtout pas. Si tu viens au bal masqué, surveille bien ton verre…

J’espère qu’il y aura quelqu’un pour me tenir les cheveux à la fin de la soirée.

Oui, pense à prendre un costume pas trop salissant.

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